Matériel archéologique

La première étape de ce travail est la mise en ligne des oeuvres découvertes lors de la première série de campagne de fouilles archéologiques menée par Jules Barthoux entre 1926 et 1933 à la demande d'Alfred Foucher, directeur de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan.

Buste de génie aux fleurs

HADB N° : 180
Catégorie : Iconographie
Type d'objet :Modelage
Matière : Stuc
Provenance : Haḍḍa
Localisation : Tapa Kalān
N° de Localisation : 142
Datation :
Dimension : 48,2 cm (tête : 23 cm)
N° d'inventaire de fouille :
Lieu de conservation : Musée Guimet
N° d'inventaire musée : MG 17190
Trace de polychromie : Oui
Type de restauration : En laboratoire

Description :

Ce buste de génie aux fleurs est une des pièces les plus célèbres parmi celles retrouvées à Haḍḍa et a fait l’objet d’un article par A. Foucher (Foucher, 1930). Il a été découvert dans une chapelle voisine de Tapa Kalān. Au fond de cette caitya, sur une plate-forme, s’adossait un Buddha en marche (d'environ 220 cm de hauteur estimée) entouré de deux autres statues de 90 cm à 100 cm, placées dans chaque angle. Sur la paroi placée symétriquement par rapport au génie aux fleurs se trouvait un autre buste, un orant en añjalimudrā qui s’est écroulé au moment d’en faire un moulage.

Les textes anciens rapportent que certains dieux ne se manifestaient qu’à mi-corps, ce que les artistes ont probablement souhaité illutrer ici. Le génie puisait de la main droite (aujourd'hui disparue) toute une provision de fleurs contenue dans le sinus de son uttarīya, retenu par son autre main, afin de faire pleuvoir des pétales sur le Buddha. Torse nu, il porte un collier fait d’une large chaîne où est serti un médaillon ovale. Bien que cette œuvre soit d’une qualité exceptionnelle, il ne semble pas qu’il s’agisse d’un génie particulier et identifiable. Dans cette mise en scène, il appartient à la cohorte des dévots « assistants » dont les artistes bouddhiques tapissent les fonds de tableaux ou de bas-reliefs. C’est un génie parmi tant d’autres, un devaputra (fils de dieu), un être divin quelconque. Il n’a aucun lakṣana, signe ou attribut susceptible de le classer parmi les grands dieux. Son rôle d’orants lançant des fleurs est toujours prêté aux simples génies.

Observation :

Le génie aux fleurs a été mis en parallèle avec l’Antinoüs Vertumne du Latran et le Zéphyr de la Tour des Vents à Athènes. Ce rapprochement a interrogé : s'agissait-il d'une simple rencontre ou d'une imitation directe ? A. Foucher estime que ce qui compte, plus que la posture et le geste, c’est l’intention. Or ici, elle diffère du tout au tout. Dans le monde classique, cette posture serait une allégorie de la saison printanière. Dans la mythologie bouddhique, c’est le geste courant des deva pour honorer le Bienheureux. Le caractère hellénisant est évident : disposition souple et symétrique des boucles de la chevelure autour du front, parfait ovale du visage, modelé nerveux des yeux et des lèvres. C’est un beau visage, qui rappelle certains portraits d’Alexandre le Grand. Mais ici s’arrêtent les ressemblances car seul le visage est grec. Le châle est indien, comme les fleurs, du jasmin apparemment. Les bijoux sont indiens : bracelets au poignet, médaillon retenu par des chaînettes sur la poitrine. Et bien sûr, les lobes d’oreilles déformés. On peut remarque que les trous aux oreilles sont vides. Il est possible qu’il fût à l’attention des pieux donateurs d’y mettre de vrais bijoux. Sans ces détails purement indiens, Foucher estime qu'on pourrait presque attribuer le génie aux fleurs à l’école de Lysippe, à la fin du IVème avant J.C. A l'issue de sa démonstration, le savant conclut que cette oeuvre ne résulte vraisemblablement pas d’une imitation directe.

D’après lui, le contraste frappant entre le corps et la tête pourrait s’expliquer par une fabrication séparée, de deux mains différentes. Mais, ajoute t-il,  il est sûr qu’elles ont été fabriquées l’une pour l’autre et au même moment. Il formule une hypothèse : la tête serait d’un moule relativement ancien, conservé dans l’atelier et seul le buste dénoncerait une basse époque. On voit la généralisation de cette technique à Haḍḍa. On a retrouvé et des visages provenant du même moule, et certains de ces moules. C’est ce qui explique le mieux, d’après lui, cette incongruité.  « Pour les indiens, c’était une figure plus adorante qu’adorable, faite à demi au moule et à demi modelée» (Foucher, 1930).

Etude comparative :
Référence(s) bibliographique(s) :
Les Fouilles de Haḍḍa, Figures et Figurines - Pl. 37 et 38
Buste provenant de Haḍḍa - pp. 101-110