Le Projet Haḍḍa Archéo Database


Entre les IIe et IXe siècles de l'ère chrétienne, les monastères bouddhiques de Haḍḍa en Afghanistan comptaient parmi les grands centres religieux qui accueillaient les pèlerins bouddhistes voyageant entre l’Inde et la Chine. Ce site florissant, situé à la porte de l’Inde et supposé avoir abrité certaines reliques du Buddha Cakyamuni, fut habité par des générations de moines et visité par autant de fidèles bouddhistes. Oublié durant huit siècles, le site fut redécouvert en 1825, et fouillé entre 1926 et 1933 par Jules Barthoux pour la Délégation Archéologique Française en Afghanistan, puis entre 1965 et 1979 par Shaïbaï Mostamindi puis Zémaryalaï Tarzi pour l'Institut Afghan d'Archéologie et Seiichi Mizuno pour l'Université de Kyoto.

 

Dès les premières excavations de Barthoux, une douzaine de monastères, des dizaines de chapelles et autant de stūpa ornés de milliers de sculptures gréco-bouddhiques y furent découverts et étudiés. Exceptionnel par la qualité de son art et la monumentalité de ses sculptures, le site fut en partie restauré et protégé dans les années 70.

 

Mais l’histoire des monastères de Haḍḍa et leur étude scientifique furent brutalement interrompus par les tensions politiques sous le régime communiste qui aboutirent à l’incendie et à la destruction du site en 1992. Actuellement rasé, il ne reste plus aucun témoin visible de sa prospérité passée.

 

L’actualité mondiale récente fait malheureusement régulièrement écho à cette destruction. Des pans entiers du patrimoine culturel mondial disparaissent, détruits par l’obscurantisme ou, ce qui est moins su, par les activités humaines, comme cela risque d’être le cas sur le site archéologique de Mes Aynak, objet de fouilles de sauvetage et menacé de destruction en raison d’un projet d’exploitation d’une mine de cuivre.

 

Face à ces pertes inestimables et définitives, chacun se sent meurtri et impuissant. Peut-être plus encore en tant que spécialistes des sciences historiques, nous nous demandons comment (ré)agir. Comment sauver ce qui peut l’être ? Reste-t-il seulement quelque chose à sauver ? C'est dans ce contexte et après quinze années d’étude et une thèse consacrée à l’examen iconographique des monastères de Haḍḍa que le projet Haḍḍa Archéo Database a vu le jour. Dans notre cas, des centaines de modelages, dizaines de sculptures et quelques peintures et stūpa secondaires ont été conservés à l'abri des musées et nous possédons une abondante documentation scientifique recueillie suite aux campagnes de fouilles archéologiques.

 

L'objectif du projet Haḍḍa Archéo Database est triple : perpétuer la mémoire du patrimoine artistique et archéologique des monastères de Haḍḍa, faciliter l’étude comparative, l'examen des influences artistiques et des thèmes iconographiques dans le contexte de l'art gandharien afghan, et améliorer l’accès aux données scientifiques des collègues et étudiants. 

 

La première étape de ce travail est la mise en ligne des oeuvres découvertes lors de la première série de campagne de fouilles archéologiques menée par Jules Barthoux entre 1926 et 1933 à la demande d'Alfred Foucher, directeur de la Délégation Archéologique Française en Afghanistan.