Le Projet Haḍḍa Archéo Database


Haḍḍa est le nom d’un village moderne de l’Afghanistan situé à douze kilomètres au sud de la ville actuelle de Jellālābād, construit sur les ruines d’une petite ville préislamique dont dépendait un grand ensemble monastique bouddhique qui s'est épanoui durant les premiers siècles de l'ère chrétienne. Les saṃgharama de Haḍḍa comptaient parmi les grands centres religieux qui accueillaient les pèlerins bouddhistes voyageant le long de la route de la Soie, entre l’Inde et la Chine, à travers le Gandhāra. Situés à la porte de l’Inde et supposés avoir abrité certaines reliques du Buddha Cakyamuni, ces monastères florissants furent habités par des générations de moines et visités par autant de fidèles bouddhistes jusqu’au IXe siècle de l’ère chrétienne. Autour de l’époque ghaznévide, les saṃgharama furent saccagés et détruits par un incendie généralisé.

 

 

Oublié durant huit siècles, le site fut redécouvert en 1825 lors des missions d’explorations du Général Court. Ses trouvailles ainsi que celles de ses successeurs, Charles Masson pour la Compagnie des Indes orientales (1841) et William Simpson (1879), conduisirent à la découverte de nombreuses œuvres d’art et de pièces de monnaie anciennes attestant de la longue période d’activité des monastères. Les missions archéologiques commencèrent au siècle suivant, menées par la Délégation Archéologique Française en Afghanistan. Le site, prospecté par Sir Alfred Foucher et André Godard en 1923, fut fouillé de manière étendue par Jules Barthoux entre 1926 et 1933 à Tapa Kalān ("La Grande Colline"), Bāgh Gaï, Gār Naô, Pratès, Chakhil-i Ghoundi, Deh-i Ghoundi et Tapa-i Kafarihā, puis par Seiichi Mizuno pour l'Université de Kyoto entre 1963 et 1965 à Lalma. Nouvellement créé, l’Institut Afghan d’Archéologie chargea Shaïbaï Mostamindi de fouiller Tapa-e Shotor ("La Colline du Chameau") de 1965 à 1972. A sa suite, Zémaryalaï Tarzi poursuivit l’étude de Tapa-e Shotor de 1973 à 1979, et fouilla Tape Tope Kalān de 1977 à 1979. Dès les premières excavations menées par Barthoux, une douzaine de monastères, des dizaines de chapelles et autant de stūpa ornés de milliers de modelages et de sculptures furent découverts et étudiés. La production artistique de l’école de Haḍḍa, exceptionnelle par sa qualité esthétique, la vivacité de ses inspirations occidentales et ses mediums de prédilection, le stuc et l’argile, apporta dès cette époque un éclairage différent sur les multiples visages de l’art du Gandhāra. 

 

 

 

Le site fut en partie restauré et protégé par Z. Tarzi dans les années 70. Hélas, en raison des tensions politiques ayant cours sous le régime communiste, l’étude archéologique dû s’interrompre et les conflits aboutirent à l’incendie et à la destruction du site en 1992.

 

Actuellement rasé, il ne reste sur place plus rien de sa prospérité passée.

 

Nous en sommes trop régulièrement témoins, des pans entiers du patrimoine culturel mondial disparaissant au gré des conflits modernes. Ces pertes inestimables nous affligent et révèlent l’absolue nécessité de réfléchir collectivement aux différents moyen d’œuvrer à la conservation du patrimoine en péril, mais aussi à la sauvegarde des données relatives au patrimoine disparu. L’un des moyens à notre disposition est offert par l’outil informatique et ces dernières années de très nombreux projets de numérisation ont vu le jour, ayant à cœur la mise en valeur du patrimoine, la préservation des données archéologiques et leur accessibilité. C’est dans ce contexte que le projet Haḍḍa Archéo Database a vu le jour. D’une part, nous possédons une abondante documentation recueillie suite aux campagnes de fouilles archéologiques. D’autre part, du matériel a été préservé, et des centaines de modelages, des dizaines de sculptures et quelques peintures et stūpa secondaires ont été conservés à l'abri de plusieurs musées. L'objectif du projet Haḍḍa Archéo Database est de perpétuer la mémoire du patrimoine artistique et archéologique des monastères de Haḍḍa et de permettre l’accessibilité aux données scientifiques aux collègues et étudiants afin de faciliter l’étude comparative ainsi que l'examen des influences artistiques et des thèmes iconographiques. La transmission de ces connaissances permettra de mieux comprendre les relations et la chronologie de la production artistique dans les différentes régions du Gandhāra et pourra servir de base à des études comparatives plus étendues. Par ailleurs, il est indispensable de redonner au peuple afghan, ses chercheurs et ses étudiants l'accès aux connaissances archéologiques et culturelles qui concernent leur propre histoire. Ce partage et ces échanges scientifiques ne sauraient être fructueux sans être multilingues. Aussi les données seront-elles traduites en dari dans les meilleurs délais. La traduction du site en anglais est déjà en cours. La première étape de la saisie a consisté en la mise en ligne des œuvres découvertes lors de la première série de campagne de fouilles archéologiques menée par Jules Barthoux entre 1926 et 1933 à la demande d'Alfred Foucher. Une seconde étape verra l’ajout des œuvres issues des fouilles du Pr. Mizuno à Lalma, du Pr. Mostamindi à Tapa-e Shotor, et des découvertes publiées du Pr. Tarzi à Tapa-e Shotor et Tapa Top-e Kalān, ainsi que l’ajout des œuvres dispersées dans les Musées et les collections privées. Dans un troisième temps seront ajoutées les œuvres découvertes par le Pr. Z Tarzi, à ce jour encore inédites.